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Le regard porté par les humains sur leur environnement et les ressources affectant leur condition terrestre reste largement évolutif, et il pourrait y avoir un nouveau chapitre à ajouter à des livres comme ceux de John S. Dryzek (2022), qui cherchait à cartographier le champ des discours politiques touchant aux conditions écologiques planétaires, ou Pierre Charbonnier (2020), qui tentait déjà un long parcours dans une histoire des idées politiques revue sous l‘angle environnemental. Comme souvent, les avancées technologiques renouvellent les inspirations et les imaginaires. Dans la période récente qui a suivi le début des années 2000, différentes séries de textes et publications ont relancé des réflexions sur les possibilités de dépasser le capitalisme en s’appuyant sur ces dernières avancées (dans les NTIC, la robotique, etc.) et certaines potentialités émancipatrices qu’elles semblent laisser entrevoir. Le terme « post-capitalisme » y est ainsi fréquemment utilisé et sert à qualifier un cadre d’appréhension tendanciellement présenté comme nouveau ou renouvelé, comme chez les jeunes universitaires promoteurs du courant « accélérationniste » Nick Srnicek et Alex Williams (2013 ; 2015), le journaliste et essayiste britannique Paul Mason (2015), ou le journaliste et commentateur politique Aaron Bastani (2019) promouvant lui un « Fully Automated Luxury Communism ». Ces perspectives voisines circulent à une échelle internationale tout en gagnant en audience et influence, et sont discutées jusque dans les milieux académiques (mais encore peu en France). Les arguments associés laissent entendre que les pièces d’un modèle alternatif sont disponibles ou en construction et que ces ressources n’attendent que d’être exploitées avec un projet plus formalisé.
Dans ce courant de réflexion qui envisage un « post-capitalisme », ces avancées laissent imaginer la possibilité de dépasser certaines contraintes matérielles et physiques que subissaient jusqu’alors les sociétés humaines. Plus qu’un espoir, c’est aussi une vision politique qui est proposée. Est en effet promu un imaginaire de l’abondance, mais laquelle a pour particularité de ne pas être le produit de la croissance capitaliste.
Cette contribution vise donc à revenir sur les conditions de construction de cette idée, mais aussi à se demander ce que signifie se projeter dans un monde au-delà de la rareté et ce que cela suppose comme démarches intellectuelles. L’idée de « post-rareté » semble avancée comme si elle permettait d’ouvrir un nouvel espace de réflexion. Par quels intermédiaires celui-ci a-t-il pu gagner en substance ? Dans quelle mesure l’idée de « post-rareté » marque-t-elle un renouvellement du répertoire d’idées associées à la recherche d’un autre type de système économique ? Comment permet-elle à ces auteurs de déplacer certaines lignes argumentatives et de donner à voir un nouvel horizon ? Sur quelles ressources s’appuient-ils ? Quels arguments et présuppositions sont assemblés pour défendre cette possibilité ? Quels facteurs et dynamiques sont envisagés pour l’atteindre ?
Il est difficile de penser qu’un tel idéal puisse être réalisé sans devoir résoudre quelques tensions ou sans rencontrer des points d’achoppement. Dans un tel cadre d’appréhension, que devient la perception des limites écologiques et planétaires, évidemment lourdes en implications et contraintes pour des systèmes économiques qui continueraient leur expansion (Boutaud, Gondran, 2020) ? Il paraît également peu probable que les schémas mentaux installés avec le développement du système capitaliste disparaissent de manière rapide et automatique, a fortiori leur exacerbation, comme dans les glissements bien repérés du consumérisme vers la surconsommation (Hamilton, Denniss, 2005). Si le dépassement de la rareté est une possibilité qui permet théoriquement de contourner ou saper des forces, économiques notamment, telles que celles du marché, elle suppose en pratique de trouver des voies de concrétisation et il devient alors intéressant de regarder jusqu’où poussent les réflexions ou, inversement, où elles s’arrêtent.
Pour remettre en perspective les visions et propositions des auteurs revendiquant cette veine post-capitaliste ou se situant dans un registre proche, l’analyse s’appuiera sur un corpus ayant rassemblé leurs textes et interventions, en particulier sous forme de livres mais aussi d’articles, billets, commentaires, conférences et entretiens. Le taux de citation de ces livres dans la littérature académique (plusieurs milliers de citations sur Google Scholar) est un indicateur de l’audience qu’ils ont pu trouver. L’analyse est ici axée sur la contribution théorique de ce courant d’auteurs, donc en étant aussi attentive aux débats auxquels ils participent (Passard, 2024), et elle vise à mettre en relief la capacité stratégique à penser des alternatives (Wright, 2010) et la part d’imagination politique, autrement dit cette manière de transcender un état du monde et de visualiser des futurs possibles (Duncombe and Harrebye, 2021). L’examen de ce corpus utilise une approche d’analyse qualitative du discours, en se concentrant sur la manière dont ces auteurs construisent leurs arguments, se réapproprient les potentialités technologiques et y articulent un projet politique à travers des formes de récits spécifiques. De ce point de vue, prendre en compte la capacité et le travail de problématisation, pour prolonger la perspective de Michel Foucault (Deacon, 2000), est donc important. La contextualisation de ces argumentations et des récits conjoints vise aussi à permettre de repérer les points de tension, voire les impensés, qui peuvent affaiblir ces constructions intellectuelles, autrement dit les espaces de réflexion où l’imagination semble moins poussée.
Le travail de remise en perspective proposé dans cette contribution permettra ainsi d’interroger et d’analyser la portée politique (à la fois critique et propositionnelle) de cette notion de « post-rareté » et des argumentations qui la soutiennent. Il s’agira ainsi d’évaluer le déplacement conceptuel effectué et les effets qu’il peut avoir. En combinant analyse des idées politiques, « sociologie du possible » (Wright, 2010) et sociologie de l’imagination politique, attentive aux logiques et conditions de production discursive, nous examinerons les modalités de mise en forme des arguments et montrerons les lignes qu’ils contribuent à déplacer dans les espaces de discussion. L’analyse poussera ensuite jusqu’aux implications qu’ont ces arguments mais qu’ils tendent à laisser de côté, s’agissant notamment des contraintes écologiques et du rapport au consumérisme.
1) Conditions et modalités de formalisation d’une idée
1.1) Des explorations antérieures inabouties ?
L’abondance pour tous comme projet politique est à réinscrire dans une histoire déjà relativement ancienne. Elle pourrait remonter à Karl Marx lorsqu’il imaginait les possibilités de dépasser le « règne de la nécessité ». Ce dernier envisageait le développement des forces productives au sein du capitalisme comme un élément favorable, créant les conditions pour basculer dans une autre époque où la rareté aurait quasiment disparu. À l’avènement du communisme correspondrait un monde où il y aurait un tel surplus de richesses que les questions de distribution n’auraient plus guère de pertinence et où chacun aurait suffisamment pour satisfaire tous ses besoins (Peach & Dugger, 2006).
Le terme « post-scarcity » apparaît au début des années 1970 chez le penseur et militant Murray Bookchin. Ce dernier avait dans un pan de sa réflexion commencé à théoriser la possibilité de dépasser la rareté en inscrivant cet horizon dans une vision anarchiste et écologique[1]. Pour lui, les avancées technologiques des derniers siècles avaient apporté suffisamment dans les moyens de subsistance pour pouvoir réduire le besoin de passer par un travail pénible au quotidien. Il pensait que ces avancées pouvaient être réorientées hors de la recherche de profits et mises davantage au service des besoins humains. Si cette possibilité a été empêchée, c’est à cause d’un obstacle majeur tenant à la manière dont le système consumériste recrée du manque et une rareté relative en manipulant les besoins. Selon lui, il y aurait pourtant des ressources technologiques qui pourraient être intégrées à une échelle humaine, en accord avec la forme collective qui lui paraissait préférable, celle de petites communautés locales décentralisées. C’est cette combinaison qui permettrait de construire une société d’abondance où chaque individu pourrait trouver de quoi répondre à ses besoins fondamentaux et un chemin d’accomplissement de ses désirs (Bookchin, 1971).
Murray Bookchin abordait la technique de façon pragmatique, en considérant qu’elle peut contenir un potentiel libérateur si elle est associée à des conditions démocratiques et des institutions participatives capables d’orienter son développement. Il proposait conjointement un modèle de société où pourrait s’épanouir un autre type d’existence : « De même, l’expression « au-delà de la rareté » a une signification fondamentale qui dépasse la pure et simple abondance des moyens d’existence : elle désigne le type d’existence que ces moyens permettent. Dans une société au-delà de la rareté, les relations entre les hommes et le psychisme de l’individu reflèteront pleinement la liberté, la sécurité et l’autonomie que cette abondance rend possibles. Une telle société, en un mot, est l’accomplissement des potentialités sociales et culturelles que recèle une technologie de l’abondance. » (Bookchin, 2016, p. 26)
Comme nous le verrons, les auteurs du courant post-capitaliste ne se situent pas à cette échelle et ne s’inscrivent pas dans une logique communaliste. Ils ont même plutôt tendance à la repousser, typiquement en visant davantage la recréation d’une nouvelle forme d’hégémonie, comme chez Nick Srnicek et Alex Williams.
Dans la période récente, certaines avancées technologiques ont été propices à relancer les attentes et même certains fantasmes de transformations radicales dans une veine proche de l’utopisme technologique (Dickel & Schrape, 2017). Déjà dans les années 1980 et 1990, les avancées dans le domaine des nanotechnologies avaient suscité des espoirs semblables, l’ingénieur américain K. Eric Drexler (1986 et 2013) ayant par exemple bâti sa notoriété en annonçant pour un futur proche la possibilité de construire des machines à une échelle nanométrique et donc de transformer radicalement les modes de production. Les nouvelles technologies d’information et de communication (NTIC), en particulier avec le développement d’Internet, ont aussi nourri un sentiment de profusion. Comme une nouvelle étape prolongeant ce développement, le prospectiviste et essayiste Jeremy Rifkin a vu dans l’avènement d’un nouveau type d’infrastructure, l’« Internet des objets », un vecteur d’abaissement des coûts dans de nombreux secteurs économiques, susceptible même de rendre presque gratuits une vaste quantité de biens et de services, jusqu’à donc saper le capitalisme puisque seraient simultanément favorisé le développement de « communaux collaboratifs » (Rifkin, 2014). Avec les auteurs qui portent une vision post-capitaliste, le projet est en revanche plus politiquement engagé et davantage en faveur d’un changement complet de système.
1.2) Avancées technologiques et nouveaux espoirs
En mettant en avant des évolutions technologiques jugées potentiellement libératrices, les auteurs du courant post-capitaliste donnent aussi crédit à l’idée que, grâce aux capacités ouvertes, les existences humaines pourraient s’épanouir sans que la rareté ne soit ni une contrainte, ni une fatalité. Ce résultat serait le corollaire d’un nouveau système, profitant non seulement de ces potentialités mais aussi sorti des logiques d’accumulation qui bénéficiaient à des minorités plutôt qu’à la collectivité.
Dans la logique de l’accélérationnisme, où il s’agit de dépasser le capitalisme en jouant sur ses propres ressorts, il n’est plus guère question d’autolimitation[2]. Il s’agit même d’accélérer la dynamique d’accroissement technologique, avec l’idée que le système économique dominant ne pourra lui résister et sera obligé de se transformer. Le « manifeste pour une politique accélérationniste », publié le 14 mai 2013 par Alex Williams et Nick Srnicek (à l’époque encore doctorants à Londres) sur le blog collectif criticallegalthinking.com, affiche clairement son ambition « prométhéenne » : « Nous déclarons que seule une politique prométhéenne de maîtrise maximale sur la société et son environnement peut permettre de faire face aux problèmes globaux ou d’atteindre une victoire sur le capital. » Il s’agit pour eux de « libérer les forces productives latentes ».
Dans leur livre, Inventing the Future: Postcapitalism and a World Without Work, sorti chez la maison d'édition indépendante et radicale Verso en 2015, Nick Srnicek et Alex Williams prennent le même point de départ signalant que toute une base technologique offre désormais des ressources pour mener vers un autre type de système politique et économique. Dans la vision qu’ils ébauchent, ces nouvelles technologies et les potentialités associées peuvent être rapprochées parce qu’elles auraient pour point commun de permettre de sortir de la rareté pour beaucoup de produits : « Les conceptions open source, la créativité copyleft et l’impression 3D préfigurent un monde où la pénurie de nombreux produits pourrait être surmontée. » (p. 1) Nick Srnicek et Alex Williams (2015, p. 2) poussent jusqu’à imaginer que les avancées technologiques vont en même temps permettre d’intégrer les contraintes écologiques, à l’image de ce qui serait devenu envisageable en matière énergétique : « Les technologies énergétiques propres rendent possibles des formes de production d’énergie pratiquement illimitées et respectueuses de l’environnement. »
Dans leur livre, ils s’efforcent d’articuler quatre revendications dont la réalisation doit mener vers un autre futur que celui porté par le capitalisme : la promotion de l’automatisation pour toutes les tâches possibles, la réduction de la semaine de travail, un revenu de base universel distribué à toute personne, la promotion d’une éthique où le travail ne serait plus le centre des existences.
Le développement de l’automatisation est un pivot de leur argumentation : « Avec l’automatisation, en revanche, les machines peuvent produire de plus en plus tous les biens et services nécessaires, tout en libérant l’humanité de l’effort de production. » (2015, p. 109) Plutôt que de s’opposer à cette tendance, sous prétexte typiquement qu’elle détruirait des emplois, Nick Srnicek et Alex Williams invite à la favoriser, et surtout en lui donnant un sens émancipateur au profit d’un autre type de société où la place du travail serait fortement réduite. Pour eux, les capacités de l’automatisation sont larges, puisqu’elle est même envisagée pour libérer une partie du travail domestique : « Mais de plus en plus, les tâches domestiques comme le nettoyage de la maison et le pliage du linge, par exemple, peuvent être déléguées à des machines. » (2015, p. 113) En s’appuyant sur des travaux comme ceux de l’économiste et sociologue américaine Juliet Schor, ils ajoutent que la réduction du temps de travail pourrait être également porteuse d’avantages environnementaux : « Par exemple, des réductions dans la semaine de travail entraîneraient une baisse significative de la consommation d'énergie et de notre empreinte carbone globale. L'augmentation du temps libre se traduirait également par une réduction des achats de biens de consommation courante pour s'adapter à nos horaires de travail chargés. Plus généralement, utiliser les gains de productivité pour réduire le travail plutôt que pour augmenter la production signifierait que les gains d'efficacité énergétique contribueraient à réduire les impacts environnementaux. » (2015, p. 116)
Leur vision paraît souvent proposée comme si devaient être conservés les acquis et résultats des dynamiques passées, comme dans le cas de l’agriculture industrielle, même si elle n’est pas à proprement parler thématisée dans le livre (le terme agriculture n’est d’ailleurs pas présent dans l’index). Dans les passages où ils s’intéressent à l’alimentation, leur argumentation consiste d’abord en une critique des orientations localistes, notamment telles qu’elles ont pu être incarnées dans les mouvements « Slow food » et « locavores » (2015, p. 41-43). En considérant que ce niveau de mobilisation collective n’est porteur que de résultats limités, ils paraissent ainsi accepter que la production alimentaire s’effectue pour une part importante par l’intermédiaire de circuits globalisés : « La politique alimentaire localiste aplatit les complexités qu'elle tente de résoudre en une dichotomie simpliste : mondial, mauvais ; local, bon. Ce qu'il faut, en revanche, ce sont des approches moins simplistes pour aborder des problèmes complexes – une analyse qui prenne en compte le système alimentaire mondial dans son ensemble, plutôt que des formules intuitives et abrégées comme les kilomètres alimentaires ou les aliments « bio » et non « bio ». » (2015, p. 43)
Le livre termine en insistant à nouveau (mais sans développer) sur l’émergence de nouvelles possibilités dans le domaine de la production grâce à l’impression 3D et à l’automatisation : « Un nouveau type de production est déjà visible aux avant-postes de la technologie contemporaine. La fabrication additive et l'automatisation du travail laissent entrevoir la possibilité d'une production basée sur la flexibilité, la décentralisation et la post-raréfaction pour certains biens. » (2015, p. 182) Et si le récit proposé évoque un contrôle des moyens de production, c’est avec l’idée que ceux-ci seront en fait de plus en plus largement automatisés. Comme le précise également Nick Srnicek (2014) : « Cela impliquera un contrôle des moyens de production, mais pas au sens classique du terme. Il ne s'agira pas de contrôler les travailleurs en quête d'une croissance économique toujours plus forte, mais plutôt de contrôler un système de production et de circulation largement automatisé, aux objectifs socialisés. » Nick Srnicek et Alex Williams (2015, p. 232, note 90) n’évoquent Murray Bookchin que dans quelques notes et, même s’ils concèdent quelques proximités avec sa notion de « technologies libératrices », précisent dans une d’entre elles qu’ils sont « évidemment moins enclins à accepter sa vision d’un avenir communautaire à petite échelle ».
Dans la même période, avec des accroches lexicales similaires, le journaliste britannique Paul Mason a lui aussi proposé une théorisation d'un projet post-capitaliste avec son livre publié en 2015, Postcapitalism: A Guide To Our Future, qui a reçu un accueil notable aussi bien dans les médias généralistes que dans le milieu académique. L’imaginaire de l’abondance dans lequel il s’inscrit correspond plutôt à une abondance informationnelle : « Mais le bien le plus essentiel de la vie au XXIe siècle n'est pas rare. L'information est abondante. » Pour Paul Mason, cette abondance est un produit du capitalisme tel qu’il a évolué, du fait précisément du développement des technologies de l’information en son sein, avec pour corrélat paradoxal la disparition du prix comme mécanisme d’ajustement des échanges : « Cette évolution de la rareté vers l'abondance constitue une avancée majeure dans l'histoire de l'humanité et la grande réussite du capitalisme de quatrième vague. Mais elle représente un défi majeur pour la théorie économique. Le capitalisme nous a fait considérer le mécanisme des prix comme l'élément le plus organique, le plus spontané et le plus granulaire de la vie économique. Il nous faut désormais une théorie de sa disparition. » Si, par la copie, les biens informationnels peuvent être reproduits en quantités illimitées, leur coût marginal se rapproche en effet de zéro. De nombreux secteurs perdent ainsi leurs sources de profits et, pour les préserver, la tentation est alors grande, pour les firmes touchées, de développer divers moyens de restreindre l’accès à certains biens (« propriété intellectuelle », etc.), voire des modèles d’affaire cherchant à garantir une rente (par exemple en créant artificiellement de la rareté).
Paul Mason revendique la quête d’une utopie post-travail et post-rareté. Dans sa vision, les avancées technologiques ont des effets qui ouvrent la possibilité d’un système économique différent, pouvant fonctionner en ayant dépassé à la fois le marché et la rareté : « Le projet post-capitaliste est fondé sur la conviction que, inhérent à ces effets technologiques, se trouve un défi aux relations sociales existantes d’une économie de marché et, à long terme, la possibilité d’un nouveau type de système qui peut fonctionner sans le marché et au-delà de la rareté. » L’argumentation nuance toutefois en laissant supposer que la rareté pourrait aussi avoir tendance à se déplacer : « Ce modèle simplifié permet aussi de voir très clairement comment l’économie d’une société à coût de production nul se recentre rapidement sur l’énergie et les matières premières : elles deviennent le secteur où règne encore la rareté. »
Pour Paul Mason, l’accroissement des capacités informatiques amène à reconsidérer l’intérêt d’une planification de l’économie. Il ne l’envisage pas comme une actualisation de la tentative soviétique, mais plutôt comme un outil de prédiction, de modélisation et de simulation grâce aux puissances de calcul, et donc comme un moyen de mieux agir : « C'est à cela, plutôt qu'à la planification méticuleuse des cyberstaliniens, que servirait un État post-capitaliste grâce à des calculs au niveau du pétaflop. Et une fois que nous disposerions de prévisions fiables, nous pourrions agir. »
Au total, si l’on suit le raisonnement déroulé par Paul Mason, les biens utiles pourraient être rendus accessibles avec à la fois une part minimale de travail humain et des formes de partage et de mise en commun. L’idée que ces biens puissent avoir un prix ne ferait plus sens.
De cette série d’auteurs, le journaliste britannique Aaron Bastani (également co-fondateur du site alternatif Novara Media) est celui qui met le plus nettement avant le terme et l’idée de post-rareté. Selon lui, notre époque serait celle d’une nouvelle disruption aux effets majeurs, la troisième dans l’histoire humaine après celle de la révolution néolithique en agriculture et celle de la révolution industrielle. Lui aussi regarde les effets des technologies, numériques mais pas seulement, et anticipe un gigantesque accroissement de l’offre (« extreme supply ») du fait de capacités démultipliées : « Cette nouvelle situation de post-rareté sous-tend ce que l'on appellera « l'offre extrême », un phénomène qui ne se limite pas à l'information, mais qui, conséquence de la numérisation, touche également le travail. Dans ce contexte, l'amélioration continue de la puissance des processeurs, combinée à un éventail d'autres technologies, permettra aux machines de reproduire toujours plus de ce qui était jusqu'ici le travail exclusivement humain. » (Bastani, 2019, p. 37)
Pour Aaron Bastani, un dépassement de la rareté pourrait être atteint à la fois dans les domaines du travail, de l’énergie, des ressources matérielles, de la santé et de la nourriture. Pour chacun de ces domaines, il consacre dans son livre manifeste (Fully Automated Luxury Communism: A Manifesto, également chez Verso) un chapitre où il s’efforce de rassembler des données factuelles pour étayer et justifier son argument.
Le chapitre 4 (« Full Automation: Post-Scarcity in Labour ») vise à montrer que le déploiement de l’automatisation à une plus large échelle aurait pour effets conjoints de libérer du travail et de fournir à chacun un niveau de richesse enviable grâce aux capacités ainsi accrues de l’appareil productif. Aaron Bastani compte pour cela sur les progrès de la robotique et met en avant les résultats obtenus par la recherche dans ce secteur.
Dans le domaine énergétique (« 5. Limitless Power: Post-Scarcity in Energy »), l’énergie solaire fait figure de solution majeure, parce qu’elle paraît illimitée, propre et gratuite. L’argumentation convoque un ensemble de données chiffrées pour laisser penser que la baisse des coûts de production est suffisamment enclenchée pour ne plus pouvoir être interrompue. Elle reprend l’idée que les voitures pourraient servir à stocker l’électricité et être de grosses batteries sur roues.
Pour les ressources, Aaron Bastani considère que, si celles sur Terre sont évidemment limitées, de nouvelles ressources peuvent être trouvées ailleurs (« 6. Mining the Sky: Post-Scarcity in Resources »). Pour lui, lorsque l’exploitation minière extraterrestre deviendra une industrie viable, cet autre type d’« offre extrême » contribuera aussi à faire s’effondrer le prix des biens. Dans sa vision (Bastani, 2019, p. 119), la recherche et l’exploitation de minerais au-delà de
Aaron Bastani compte aussi sur les retombées des avancées technologiques pour réduire les effets du vieillissement (« 7. Editing Destiny: Age and Post-Scarcity in Health »). L’amélioration continue de la connaissance du génome humain permettrait ainsi d’allonger encore l’espérance de vie, à la fois par la détection précoce des risques de maladie et par des thérapies géniques.
Pour les produits alimentaires (« 8. Food without Animals: Post-Scarcity in Sustenance »), Aaron Bsatani (2019, p. 165) laisse espérer une autre baisse des coûts : « En effet, la nourriture serait si abondante que – comme l’énergie, le travail et les ressources – elle deviendrait pratiquement gratuite, la valeur provenant davantage du contenu informationnel que d’intrants tels que la terre ou l’effort humain. » C’est cette avancée vers l’abondance alimentaire que permettrait notamment la viande synthétique, à laquelle il associe des avantages supplémentaires : « Peu importe qui a raison, les avantages de la viande synthétique sont en phase avec la tendance à l'offre extrême. Plus que simplement répondre aux défis du changement climatique et de la croissance démographique, cette technologie permet une abondance sans précédent. Imaginez juste ça, une viande bon marché, saine et délicieuse, sans souffrance animale, sans antibiotiques et sans souci d'hygiène. » Et comme les existences seront libérées du travail, une partie du temps pourrait être consacrée à produire à la maison ces substituts de viande et de fromage : « En effet, tout comme l’édition génétique, il est possible que les cultures DIY accompagnent l’essor de la production hyperlocale, notre temps libre toujours plus long étant consacré à la fabrication artisanale de steaks d’entrecôte et de Gruyère autant qu’à la bière ou au cidre. » La proposition est également justifiée par l’argument visant les effets écologiques de la consommation de produits animaux.
Si l’on suit tout ce raisonnement assorti de ces différents cas, la rareté n’aurait plus de raison de persister. Si cela se produit, c’est parce que des forces économiques y ont intérêt et il paraît probable qu’elles maintiennent leurs efforts pour faire perdurer cette situation. De ce point de vue, le rationnement est une manière d’assurer des profits et, à l’inverse, l’abondance représente une menace pour les firmes qui profitent de l’ordre économique actuel.
Parmi les auteurs visant un post-capitalisme, Aaron Bastani se distingue en outre en rejetant la proposition d’un revenu de base universel et en privilégiant plutôt des services de base universels (« Universal Basic Services»), notamment pour la santé, le transport, le logement et l’éducation. Au vu des sommes importantes qui seraient en jeu, il lui paraît plus pertinent de les consacrer à de tels services, accessibles à tous, plutôt qu’à ce type de revenu inconditionnel.
Si on les rapproche, les formes de récits installées par ces auteurs dessinent une vision d'un futur où les collectivités humaines pourraient être affranchies de ce qui était vécu ou perçu auparavant comme de la rareté. Cette vision rompt avec des traditions de pensée qui ont longtemps posé la rareté comme une donnée irréductible de l'économie et de la vie des collectivités, comme en science économique sous l’influence de Lionel Robbins (1932 / 1935). Contrairement aux approches malthusiennes ou au courant contemporain de la décroissance, ces auteurs post-capitalistes proposent un horizon d'abondance non pas par une préférence pour la restriction, mais par l’accroissement technologique et son encouragement. Ces penseurs post-capitalistes portent une conviction commune : les développements technologiques, disponibles et à venir, sont un levier pour mener vers un système économique et social radicalement nouveau. Leurs argumentations opèrent un déplacement conceptuel notable en associant un changement de système à une libération collective des contraintes de rareté. Ce faisant, ces récits participent d’un imaginaire techno-utopiste, fait aussi d’emprunts à l’air du temps (Dickel & Schrape, 2017), mais en donnant à l’abondance une dimension plus politique, notamment comme horizon atteignable. Ils le font toutefois en laissant aussi en suspens certains enjeux lourds.
2) Défis et impensés d’une abondance en version hypertechniciste
Globalement, ces propositions s’inscrivent dans une vision du futur où une mobilisation plus poussée des ressources technologiques permet d’avancer vers une société non seulement plus prospère, mais aussi libérant les individus de contraintes existentielles majeures. Pour appréhender les alternatives sociales, Erik Olin Wright (2010) esquisse un cadre d’analyse qui peut être utile, puisqu’il s’agit, dans sa démarche, de pouvoir évaluer les alternatives sociales selon trois critères différents : leur désirabilité, leur viabilité et leur réalisabilité (en version originale : desirability, viability, achievability). Hors aspirations au minimalisme ou au dépouillement, il paraît difficile de ne pas désirer l’abondance. Par contre, les deux autres conditions paraissent plus difficiles à remplir. La viabilité risque d’être grevée par la difficulté à gérer la contrainte écologique et notamment une masse de déchets qui pourrait croître encore davantage. La réalisabilité serait quant à elle dépendante de la capacité à décrocher d’un consumérisme solidement ancré et le projet ne pourrait tenir qu’à condition qu’il ne soit pas emporté par l’insatiabilité humaine.
a) Évitement ou déni de la contrainte écologique ?
Toute réflexion sur l’évolution des modes de production au XXIe siècle devrait forcément rencontrer la question de la contrainte écologique, qui est devenue incontournable. L’abondance, en particulier matérielle, est-elle soutenable écologiquement ? À quelles conditions et sous quelle forme ?
On peut supposer que, lorsque ces auteurs parlent de dépassement de la rareté ou d’abondance, ils n’imaginent pas une abondance de déchets. Nick Srnicek et Alex Williams, pas plus que Paul Mason ou Aaron Bastani, ne s’avancent beaucoup sur le terrain des ressources matérielles qui seraient nécessaires à l’automatisation généralisée qu’ils promeuvent. Ils ne donnent guère plus d’éléments sur les modalités de prise en charge des déchets. Des décharges ou des incinérateurs ont-ils encore leur place dans une société post-capitaliste ? La lecture de leurs ouvrages ne permet pas de savoir si serait développé un recyclage à grande échelle. Si leur projet d’automatisation généralisée se concrétisait, comment seront traités les déchets d'équipements électriques et électroniques ? Sera-t-il possible de leur donner plusieurs vies ? Certes, la sortie du capitalisme permet d’éviter des pratiques telles que l’obsolescence programmée. Certes, les avancées dans le domaine de l’intelligence artificielle sont supposées augmenter les capacités à optimiser l’allocation des ressources. Certes, une partie du tri des déchets peut être automatisée. Mais cela peut-il être suffisant ?
Reste en effet la question des différentes formes de responsabilité et de responsabilisation à l’égard des déchets produits. La prise en charge de l’aval des cycles productifs, une fois la consommation réalisée, suppose une infrastructure, une organisation, une logistique, et de surcroît qui puissent être maintenues dans la durée. Sauf à trouver un moyen d’élimination miraculeux, cela signifie une multiplicité de flux à gérer et de filières à mettre en place pour les différentes formes de réemploi ou de recyclage. Cela signifie aussi que, dans une vision plus holistique, les déchets retrouvent une valeur, non pas dans un sens marchand, mais dans le sens d’une nouvelle utilité potentielle. Quelle place auraient encore des matières comme le plastique, dont une part importante est utilisée pour des emballages jetables ? L’abondance ne fera pas disparaître ces questions.
La distribution des responsabilités entre les différents acteurs restera cruciale pour la gestion des déchets finaux ou intermédiaires résultant des produits et processus productifs. Le niveau de participation attendu des habitants et citoyens est lié à la manière d’envisager leur responsabilité, notamment si c’est eux qui sont supposés orienter la demande. Cette participation devient typiquement importante à obtenir s’il s’agit de mettre en place des formes de tri à la source et des collectes sélectives (à l’image de l’organisation existant en France pour les déchets d’emballages).
Pour être viable, un projet post-capitaliste devrait-il s’intégrer également dans une « économie circulaire » ? Dans quelle mesure les principes de ce modèle pourraient-ils être accrochés à ces théories post-capitalistes ? Le capitalisme industriel s’est en effet développé sur un modèle « linéaire », enchaînant extraction de ressources, fabrication de produits à partir de celles-ci, distribution dans des circuits commerciaux, consommation de ces produits et élimination. Par contraste, l’économie circulaire vise à remettre ce circuit dans une boucle où le rebut pourrait (re)devenir une matière première secondaire et bénéficier d’une valorisation[3]. Ce schéma d’appréhension implique de remplacer une culture du jetable par d’autres pratiques. Il suppose aussi de s’assurer que les matériaux récupérés auront des débouchés. Les avancées dans les technologies d’impression 3D ont par exemple paru ouvrir de nouvelles perspectives : elles ont pu amener à se demander dans quelle mesure elles pourraient être utilisées pour fabriquer localement de nouveaux produits à partir de sources locales de déchets plastiques recyclés, offrant ainsi des avantages en termes d’efficacité et d’efficience du recyclage des matériaux (Rumpala, 2013).
S’il paraît avoir des avantages, un modèle de production comme l’économie circulaire n’élimine pas tous les problèmes. Le recyclage reste lui aussi consommateur d’énergie, tant sur le plan logistique que pour la partie industrielle. Ce procédé peut nourrir également une confiance excessive dans la capacité à traiter les déchets. Les conceptions dominantes de l’économie circulaire ont en outre subi des critiques pour le caractère trop souvent techno-centré des solutions proposées, tendant à négliger des aspects sociaux et politiques (Calisto Friant, Vermeulen & Salomone, 2024).
Un stade post-capitaliste peut également trouver des avantages dans les inspirations et modes de fonctionnement d’une « économie de (la) fonctionnalité », qui envisage un bien principalement par son usage plutôt que par sa possession[4]. Au lieu d'une machine à laver par foyer, cela peut être par exemple l’accès à un service de blanchisserie, ce qui réduirait notablement le nombre de biens à fabriquer. Même si ses origines la rapportent au modèle économique dominant dans les sociétés industrialisées, autrement dit fonctionnant dans le cadre d’échanges marchands avec des systèmes de prix destinés à générer des revenus, cette économie de la fonctionnalité peut être aussi une économie non-marchande (Van Niel, 2014). Les pratiques de partage et de mise en commun peuvent être un appui en augmentant les possibilités d’usage de certains biens (Sharp, 2020). Internet peut être un appui supplémentaire grâce aux plateformes auxquelles il peut donner accès.
Dans une économie post-capitaliste, il n’y a a priori pas d’intérêt à la perpétuation de la production de déchets, qui ne peuvent plus en effet être vus comme une source de profits potentiels. Mais même ce type d’économie devra prévoir tout un système sociotechnique pour faire quelque chose de ses rebuts. L’impensé de la réflexion post-capitaliste sur cette question laisse l’impression que celle-ci ne serait guère plus qu’un problème technique supplémentaire à gérer et que, si besoin, elle pourrait être résolue en y consacrant une quantité suffisante d’ingénieurs et de spécialistes.
Beaucoup de commentateurs du manifeste d’Alex Williams et Nick Srnicek avaient noté la faible présence des questions environnementales dans leur texte. Leur livre qui suit ne les intègre guère plus que comme des problèmes à l’agenda parmi d’autres problèmes globaux.
Similairement, les enjeux écologiques ne paraissent présents dans la réflexion de Paul Mason que parce qu’il paraît difficile de les ignorer. Dans le tableau du futur post-capitaliste qu’il dépeint, Paul Mason ne réintroduit véritablement la question du changement climatique que dans l’avant-dernier chapitre de son livre guide (« 9. The Rational Case for Panic »). Dans le même chapitre, il met d’ailleurs cette question avec celle du vieillissement de la population. C’est aussi l’attitude de déni de la part des élites qui suscite son inquiétude. Mais il conclut le chapitre par un appel à un « réformisme révolutionnaire » et une forme de confiance dans la capacité à traiter ces enjeux dans le nouveau système (post-capitaliste) qui pourrait émerger :
Aaron Bastani reprend lui aussi les inquiétudes liées au changement climatique, mais paraît peu disert sur les autres menaces écologiques. Il reconnaît les limites dans la quantité de minerais disponibles, mais c’est pour inciter à la dépasser en sortant d’une vision restreinte à
Les travaux intégrant un recul historique ont cependant plutôt montré qu’il ne faut pas concevoir les types d’énergies utilisées comme des phases où les nouveaux viendraient remplacer les anciens : ils ont plutôt tendance à s’ajouter, ce qui relativise l’espoir que les énergies renouvelables remplacent les énergies antérieures (Fressoz, 2024). Même si elles ont des avantages écologiques, elles ont aussi un coût et nécessitent des investissements potentiellement lourds. Aaron Bastani évacue en outre la problématique des déchets liés à l’infrastructure solaire (panneaux en fin de vie, etc.) (Hansen, Nygaard, Dal Maso, 2022).
La question des déchets dans leur généralité n’est en fait pas abordée dans la présentation du modèle du « Fully Automated Luxury Communism ». Si elle n’est pas produite à domicile, comment serait conditionnée et distribuée la viande synthétique dont Aaron Bastani souhaite le développement ? La nourriture industrielle emballée sous plastique est-elle encore acceptable dans une société post-capitaliste ? Si l’on suit la logique d’Aaron Bastani, on peut imaginer que la prise en charge des déchets devrait être intégrée aux services de base universels (« Universal Basic Services ») qu’il souhaite voir favorisés. Ce secteur ne figure pas dans la liste de ceux évoqués dans son livre, mais son importance pourrait justifier qu’il soit lui aussi envisagé comme un service universel plutôt qu’une industrie privée axée sur le profit. Le prisme post-capitaliste pourrait aussi motiver que ce type de secteur soit confié à des coopératives ou des organisations communautaires.
Les auteurs du courant post-capitaliste semblent penser que leurs options, assises sur la poursuite des avancées technologiques, permettront de transcender la question des limites écologiques. Le pari paraît extrêmement audacieux. Par exemple, les estimations qui ont été tentées montrent que l’empreinte écologique de l’économie numérique n’a fait qu’augmenter (Voir par exemple Flipo, 2020). Leurs argumentations fonctionnent sur des hypothèses implicites de découplage qui, au total, ne s’avèrent pas si éloignées des promesses d’une supposée possible « soutenabilité » formulées dans certaines composantes de l’économie capitaliste. Ce genre d’hypothèses est pourtant au cœur d’un débat intense en économie de l’environnement, où de nombreux travaux montrent que les gains d'efficacité technologique ne se traduisent pas par une réduction de l'empreinte écologique globale, en raison de l'effet rebond et donc d’une augmentation de la consommation qui finit par absorber les gains réalisés (Andersson and Eriksson, 2010).
b) Maintien ou sortie du consumérisme ?
Le dépassement de la rareté n’est pas qu’une question de production ; c’est aussi une question de consommation, reliée à des pratiques et des usages, et de distribution, qui renvoie aux circuits permettant d’accéder aux biens, produits, ressources, services, etc. Où ces biens supposés abondants seront-ils accessibles ? Dans l’équivalent de supermarchés ou de plateformes de commerce en ligne ? De nouveaux types d’espaces viendraient-ils remplacer ces « cathédrales de la consommation » (Ritzer, 2010) ? Chacun pourrait-il y prendre ce qu’il veut ?
Un large accès à l’impression 3D changerait probablement les modalités de consommation si de tels équipements étaient accessibles à domicile dans des versions nettement plus performantes que celles actuellement disponibles. Ce type de machine permet en effet une production à la demande et s’avère plus flexible dans son utilisation que dans un modèle de production industrielle de masse. Logiquement, ce qui est produit ne passe plus par des circuits de distribution, qui subsistent éventuellement pour les machines et les matières nécessaires à la fabrication (Rumpala, 2013).
Lorsqu’elles défendent leurs visions post-capitalistes, les argumentations contournent la question des besoins et de leur construction sociale. Marketing et publicité sont-ils censés disparaître par un processus d’extinction progressive ? Cette disparition serait une transformation culturelle profonde tant ces éléments sont devenus des pivots de la « société de consommation ». L’énergie intellectuelle dépensée dans ces activités encourageant la consommation pourrait en effet être remplacée par un effort plus important pour penser les produits dès leur conception, afin que tous leurs composants puissent être réintégrés dans un cycle de production. Cette réflexion en amont permettrait que ces biens puissent durer plus longtemps, qu’ils puissent être réparés ou recyclés plus facilement, si tout cela permet un gain écologique. Elle permettrait aussi que les emballages soient conçus pour être réutilisables. Tout ce versant est absent des récits post-capitalistes, comme si le passage à un autre système allait régler automatiquement ces questions.
Dans une logique d’inversion des tendances consuméristes, le sociologue Razmig Keucheyan (2019) propose de donner la préférence à ce qu’il appelle des « biens émancipés ». Pour lui, ce type de bien, propre à aider à sortir du système antérieur d’encouragement à la consommation et notamment des « besoins artificiels », doit avoir quatre caractéristiques : il doit être robuste, démontable, interopérable et évolutif.
Dans un contexte favorisant l’addiction aux marchandises, on peut en effet se demander dans quelle mesure le sentiment d’abondance, avec une offre perçue comme illimitée viendrait encourager une demande supplémentaire et engendrer ainsi des pressions environnementales encore accrues. À quel moment interviendrait la satiété ? L’abondance de biens n’incite pas à leur réparation s’ils paraissent facilement remplaçables. Quand, pour une personne possédant un smartphone par exemple, sera-t-il considéré comme raisonnable de pouvoir changer le sien ?
Les penseurs du post-capitalisme laissent l’impression que les désirs humains peuvent ne pas avoir de limites, voire n’ont pas à en avoir. Comment se comporteraient les consommateurs de biens s’ils ont le sentiment de pouvoir accéder à une offre infinie ? Auraient-ils tendance à se laisser aller au gaspillage ? L’image d’un stade au-delà de la rareté peut donner à chacun l’impression de ne plus devoir être dans le renoncement ou l’autolimitation : tout serait potentiellement accessible à n’importe qui. Les « offres culturelles illimitées » accessibles par la technologie numérique permettent déjà d’observer des déplacements des comportements, sur une palette qui peut aller de l’élévation des désirs à l’autodiscipline (Auray, 2011), et l’on peut se demander lesquels finiraient par prévaloir pour des offres plus matérielles, sachant que les effets consécutifs seraient également bien plus matériels que pour une consommation numérique.
Les distinctions conceptuelles peuvent aider si, en l’occurrence, l’on distingue abondance et saturation. Renaud Hétier (2025) s’appuie sur ce terme pour signaler ce qui est du côté du « trop » et qui, d’ailleurs souvent, n’est pas sans laisser aussi une impression de vacuité. C’est par exemple le débordement par les objets, amené avec la société de consommation. Au surplus, la perception du niveau de confort est aussi une construction sociale et culturelle (Shove, 2003).
Dans les pays les plus « développés », la profusion sur les étals des grandes surfaces ne donne pas une impression de rareté. Elle laisse plutôt l’impression qu’une forme d’abondance pour tous pourrait être atteinte s’il y avait une répartition plus équitable de ce qui est produit. Dans la manière de construire théoriquement la post-rareté, la voie technologique paraît souvent avancée comme si elle permettait de contourner cette question (politique) de la répartition. Plutôt que d’accroître les risques de dépendance technologique, il peut être objecté qu’il y aurait en effet déjà de quoi faire vivre la population mondiale dans des conditions correctes. À une vision promouvant la viande « cultivée », comme celle avancée par Aaron Bastani, peut par exemple être opposée une autre où l’accès à une alimentation suffisante et adéquate peut se faire en consommant d’autres protéines que des protéines animales. Au surplus, la proposition est lourde d’implications en termes de risques de réification du vivant.
Chez Paul Mason perce l’idée de récupérer le savoir-faire des multinationales en matière de traitement des données comportementales pour développer des capacités d’aide à la décision, plus conformes à l’intérêt collectif en l’occurrence : « Maintenant imaginez que Walmart ou Tesco soient prêts à publier gratuitement les données de leurs clients (anonymisées). La société en bénéficierait : des agriculteurs aux épidémiologistes, chacun pourrait exploiter ces données et prendre des décisions plus judicieuses ; chaque client pourrait voir d'un coup d'œil si ses décisions d'achat sont rationnelles ou irrationnelles. » L’idée porte en elle une autre manière de récupérer des capacités technologiques déjà présentes, en l’occurrence permettant d’évaluer les volumes de production nécessaires, puisque les besoins peuvent alors être plus facilement anticipés. On peut en outre imaginer qu’en contexte post-capitaliste, l’utilisation des données personnelles serait moins opaque et moins suspecte si elles ne sont plus captées par des firmes. L’hypothèse d’une possibilité de récupérer les capacités de planification des grandes entreprises a aussi été proposée et plus longuement développée par Leigh Phillips et Michal Rozworski (2019). Ces derniers considèrent en effet que des entreprises comme Walmart, à leur manière, pratiquent aussi des formes de planification centralisée, qui ne serait donc pas réservée à l’économie soviétique. Implicitement, tout semble toutefois continuer à se passer comme si la souveraineté du consommateur restait considérée comme un héritage évident.
Conclusion
Si les argumentations et tentatives de théorisation des auteurs de ce courant post-capitaliste ont retenu l’attention dans certaines sphères médiatiques et académiques, celle-ci peut être expliquée pour partie par ce que ces visions et propositions déplacent dans les coordonnées du débat sur les possibilités de sortir du capitalisme et de mener vers un autre système. Avec le terme de post-rareté se joue un déplacement conceptuel qui permet de dénaturaliser et de mettre en discussion les schémas économiques sur lesquels le développement du capitalisme s’est appuyé. Dans cet autre cadre de pensée, tout un ensemble de raisonnements perd en pertinence : ceux qui enferment la rareté dans la matérialité, ceux qui abordent les biens essentiellement en termes de valeur d’échange, ceux qui ramènent les mécanismes économiques à des questions d’ajustement entre une offre et une demande à partir d’un signal prix. En travaillant intellectuellement au dépassement de la rareté, cette stratégie épistémique propose ainsi de saper le capitalisme dans certains de ses fondements. Au stade futur envisagé, les bases nécessaires à l’existence seraient accessibles à n’importe qui et il y aurait même encore des possibilités supplémentaires au-delà.
Si les visions post-capitalistes constituent un ajout à l’imaginaire politique, elles ne sont souvent pas loin d’un imaginaire techno-solutionniste où les avancées technologiques viendraient résoudre une bonne part des maux de l’humanité et de la planète. Dans le futur ainsi dessiné, même si la rareté ne disparaît pas complètement, au moins n’est-elle plus le facteur qui détermine les processus socioéconomiques. Dans l’idée de post-rareté, il y a l’hypothèse implicite que les restrictions du côté de l’offre disparaissent et que la demande pourra toujours être satisfaite.
Si un horizon est certes posé, ces visions de l’abondance paraissent toutefois encore mal dégrossies. À la lecture des ces propositions, il reste encore difficile de cerner quelle forme elle prendrait ou quel modèle permettrait de la pérenniser : un modèle industriel encore largement concentré ou un modèle plus artisanal davantage ancré dans les espaces locaux ? Avec des circuits de distribution massifiés ou des réseaux diversifiés préservant les liens locaux ?
Ces visions sont assises sur une espèce de postulat implicite selon lequel l’évolution technologique serait une force indépendante, presque hors des rapports sociaux, qu’il serait possible de réorienter. Elles font aussi l’hypothèse que tous les territoires et populations de la planète, quels que soient leur situation économique ou leurs équipements, pourraient avoir accès à ces avancées technologiques. En revanche, les possibilités ou modalités de diffusion sont laissées dans le flou, comme si ces avancées étaient aussi accessibles que le dernier modèle d’ordinateur ou de téléphone portable. Une automatisation généralisée pourrait-elle être mise en œuvre partout dans les mêmes conditions ? De surcroît, les contraintes physiques ne vont pas disparaître magiquement du jour au lendemain. L’abondance n’efface pas la question des limites écologiques. S’il s’agit de réduire les pressions sur les milieux, il est difficile d’envisager un tel objectif comme pouvant signifier en même temps produire toujours plus.
Annoncer un dépassement de la rareté et une forme de luxe pour tous, en réduisant la nécessité du travail de surcroît, ressemble à un geste provocateur dans une économie capitaliste marquée par les inégalités, mais il resterait en outre à voir à quel point un tel geste se traduirait par un détachement vis-à-vis d’un consumérisme qui a abondamment exploité tous les désirs. Avec une impression d’abondance, ceux-ci peuvent paraître encore stimulés davantage. Le dépassement de la rareté semble permettre de répondre aux besoins, mais peut simultanément contribuer à entretenir d’une autre manière les désirs. À suivre les visions proposées, tout est censé se passer comme si les capacités collectives pouvaient évoluer de telle sorte qu’il n’y aurait pas de risque de débordement par une demande trop importante. Or, le dépassement de la rareté ne concerne pas seulement la production ; il soulève également la question de l’expansibilité des désirs humains et de la construction sociale des besoins.
L’abondance post-capitaliste ne ressemble pas à une abondance frugale. Cette dernière est plutôt mise en avant par d’autres courants d’idées, comme dans celui de la décroissance : la version frugale est plutôt immatérielle et moins portée sur les désirs matériels, supposés satisfaits raisonnablement et moins attractifs que d’autres sources de gratification pour les existences personnelles (Voir par exemple Plomteux, 2024). Cette abondance frugale correspond davantage à une « une abondance subjective dans la simplicité » (Autard, 2024). Par rapport aux auteurs et théoriciens de la décroissance, ceux du courant post-capitaliste manifestent une plus grande confiance dans les débouchés des possibilités technologiques. Leur attention est plutôt concentrée sur l’appareil de production et tend donc à négliger le travail de redirection écologique qui devrait viser aussi l’aval du circuit productif. Les auteurs de ce courant post-capitaliste ne sont pas dans le minimalisme. Ils ne raisonnent pas comme s’il s’agissait de faire avec moins ou sans. S’il est question de post-rareté, le flou subsiste dans ce courant pour savoir si cette dernière pourrait aussi être post-matérialiste.
Si ces flous ne sont pas réduits dans les réflexions à venir, l’ambition technophile et prométhéenne de ces auteurs risque de se voir reprocher de ne pas rompre avec la logique du « capitalocène » (Federau, 2023), mais d’en proposer une version « socialisée », comme si les outils du capitalisme pouvaient être simplement réorientés vers des fins émancipatrices sans transformer en profondeur les rapports sociaux de production et sans prendre la mesure des impacts matériels du vaste assemblage sociotechnique qui continuerait encore son développement. Aussi prometteurs puissent-ils paraître, le devenir et la place de nouveaux récits politiques ne sont jamais assurés. Dans le cas des propositions post-capitalistes, cette place pourrait se jouer dans la capacité à répondre à une ambiguïté et une question qui demeurent : savoir si cette réappropriation politique des promesses d'abondance et d’effacement de la rareté, non sans tonalités utopiques mais sur fond de productivisme persistant, est une voie de projection collective dans un futur vraiment différent ou une forme de transposition réactualisée du mythique récit de la croissance infinie dans un monde aux ressources finies.
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[1] Pour une remise en perspective, voir par exemple Sauvêtre, 2021.
[2] Pour une remise en perspective de ce pan de réflexion, voir Gildea, 2020.
[3] Pour une remise en perspective et une analyse des conditions d’efficacité, voir Aggeri, Beulque, Micheaux, 2023.
[4] Pour une présentation, avec un arrière-plan, plutôt entrepreneurial, voir Merlin-Brogniart, 2024.
[5] Pour aider à resituer, voir par exemple Karlsson, 2025.